Prises de position

Amazon sous enquête

"Amazon en accusation

(Article en ligne du Monde diplomatique du 31 octobre 2013)

Lors de la séance des questions au gouvernement le mercredi 30 octobre, Mme Isabelle Attard, députée du Calvados (Europe Ecologie — Les Verts), a interpellé le ministre du travail Michel Sapin sur les conditions de travail dans les entrepôts d’Amazon, géant du commerce en ligne, en s’appuyant sur le reportage de Jean-Baptiste Malet paru dans Le Monde diplomatique de novembre.

Evoquant cette « entreprise à la politique managériale très rigide », qui dispose de quatre entrepôts en France (Saran, Sevrey, Lauwin-Planque, Montélimar), la députée s’étonne : « Ces conditions de travail que nous refuserions en tant que parlementaires, comment les accepter pour d’autres ? », avant de demander le lancement d’une « enquête globale sur les pratiques d’Amazon envers ses salariés ».

Voir la question et la réponse du ministre en vidéo, et le compte-rendu écrit de la séance."

Suspecte suspicion

Suspecte suspicion


Mardi, 22 octobre 2013, vers 14h10 je me dirigeais vers le bâtiment Anthropole et, passant devant le château de Dorigny, rentrais à la librairie Basta! où je travaille depuis trois ans après avoir goûté la douceur de ce début d'après-midi lors de ma pause.

Je suis accosté par un monsieur qui vient depuis derrière, à environ trente mètres et me demande mon nom. Il se présente comme appartenant à la sûreté de l'UNIL. Je m'étonne de cette demande et renâcle quelque peu à la satisfaire.

Le ton monte. Je lui demande en effet la raison de ce dérangement et il me répond que, un peu avant, je m'étais, tenez-vous bien et éloignez les enfants, retourné pour regarder sa voiture (sic!).

Mais que fait la police ? Si des gens se permettent de regarder la voiture qui passe par là (en l'occurrence, les voitures, puisque trois véhicules faisaient une manœuvre compliquée pour réussir à se laisser mutuellement passer dans un tronçon de route étroit, devant la petite maison de la section de cinéma). En effet, j'avoue m'être retourné pour contempler ce ballet harmonieux – et éviter de me prendre une bagnole dans le dos au cas où celle qui venait dans ma direction soit privilégiée par ses consœurs et déboule à mes côtés trop vite comme le font hélas souvent ces engins. Habitant un endroit particulièrement dangereux pour les piétons, je suis en effet attentif à ce genre de mouvements.

Manque de pot : je portais ce jour-là un sweatshirt noir à capuche avec un imprimé blanc dans le dos, et, cerise sur le gâteau, une casquette (noire également). Vous ne voyez pas le rapport ? Lui l'a vu ! 1 + 1 = 10 !

« Vous êtes sur un site privé, si je vous demande votre identité vous devez me la donner. Si vous refusez, j'appelle la police. » Je lui ai finalement donné ma carte d'identité, tout en renâclant. Je lui ai ensuite demandé son nom à lui, mais il ne m'a donné que son nom de famille et sa fonction et a refusé de me donner son prénom. « J., de la sûreté de l'UNIL ». Etrange – pour ne pas dire suspect - ce refus de décliner son identité complète pour quelqu'un d'aussi porté sur la chose... En cas de bavure ?

Je lui ai fait remarquer que son contrôle était lié à mon look, « au faciès » comme on dit, suite à quoi il m'a sorti le conte du regard en arrière vers sa toto, délit il est vrai suffisant à lui seul pour rendre un piéton veillant sur sa santé et/ou regardant un ballet automobile, éminemment suspect (de quoi, au fait ??).

Comme je tremblais en écrivant son nom, il m'a traité de... figurez-vous que je ne m'en souviens pas... Mais c'était un mot commençant par « m » dont la signification oscillait entre « pauvre type », « rigolo » ou encore « minable ». Comment ai-je pu l'oublier, ce mot ? Ah ! les émotions. Cela suffira-t-il pour discréditer mon témoignage ? Quoi qu'il en soit, je lui ai retourné l'insulte : il est reparti sous mon salut contenant ce mot... La discussion venait en effet de prouver, nous le verrons, que le « m... » n'était pas, ou pas seulement, celui que l'on croyait.

Avant cela, m'ayant demandé trois fois ce que je pouvait bien foutre là (c'est vrai, quoi), j'avais fini (je lui avait d'abord demandé de deviner – curieux de sa réponse fantasmatique - mais il m'avait alors dit de ne pas jouer à ce jeu-là) par lui répéter deux fois que je travaillais à la librairie. Aussi, lorsqu'il me demanda pour la troisième fois de confirmer ma fonction sociale dans ce lieu, je lui fis remarquer que je le lui avait déjà dit, ce qui perturba grandement son sentiment d'autorité et contribua encore à faire monter le ton.

Bref, je voudrais savoir pourquoi je ne peux pas m'habiller comme je l'entends pour circuler dans cette université. Et si je suis tenu de regarder à terre lorsque passe une voiture estampillée « Unil ». Ou dois-je seulement le faire si je suis habillé de façon « non conventionnelle » ? Une autre fois, pour les mêmes raisons, un Sécuritas m'avait également importuné parce que, habillé un peu de la même manière, j'étais passé pas loin de son poste où, figurez-vous, on avait dérobé je ne sais plus quoi. Regards torves et filature nous avaient menés jusqu'à la librairie où l'agent avait bien dû changer d'opinion à mon sujet.

Faut-il établir un code vestimentaire à l'uni ? Un uniforme pour tous ? Ou simplement restreindre les zones autorisées, installer des caméras, multiplier les contrôles d'identité, etc. ?

Il a quand même fini par me vanter ses mérites : « Vous êtes content d'être en sécurité à la librairie, oui ou non ? » En réponse, j'ai vanté son statut de superman qui nous protégeait. Mais de façon un peu ironique.

Ah ! Ça y est, je me rappelle le mot ! « Mariole » !

Yann Buxcel, libraire

 

Prise de position de librairies indépendantes

 

Au vu de la situation actuelle du marché du livre, nous, librairies indépendantes, sentons la nécessité de faire entendre notre voix.

  1. 1. Rapport de la Commission de la Concurrence (COMCO)

Après le refus de la loi sur le prix du livre en mars dernier, la situation a continué de se dégrader. La Comco, qui avait mis les diffuseurs et distributeurs sous enquête, a repris son travail et a rendu à l’automne son rapport sur le marché du livre.

Or, loin de proposer des solutions, ce rapport est une attaque contre le secteur. La Comco exige en effet des diffuseurs et distributeurs concernés des amendes exorbitantes pour punir des pratiques qu’elle juge cartellaires, au risque de pousser ces entreprises à la faillite. Plutôt que de corriger les défauts d’un système globalement performant, on prend le risque de le faire imploser, au nom d’une défense sommaire du consommateur qui aux yeux de cette institution ne peut être assurée que par une libre-concurrence parée de toutes les vertus.

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