L'extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue - Norman Ohler

La Découverte, Paris, 2016, 255 pages, 33.50
Un Rommel défoncé au speed poursuit à l’ouest sans s’arrêter quand on le lui intime lors de la Blitzkrieg de 1940. Des soldats pareillement stimulés pour tenir plusieurs jours sans dormir : l’Allemagne, avec son industrie chimique, croit détenir une arme décisive, qui ne pourra toutefois rien à Stalingrad. Des millions de pilules de « pervitine » sont ainsi produites et distribuées durant la guerre.
Quant au chef suprême, on découvre que, conseillé par un médecin adepte des injections, il consomme en véritable junkie et de plus en plus toutes sortes de stimulants pour son moral déficient, dont, outre les vitamines : opiacés, cocaïne, métamphétamine, stéroïdes et hormones. Celui qui disait : « Vous devez être sains, vous devez vous garder de tout ce qui empoisonne votre corps. Nous avons besoin d’un peuple sobre ! A l’avenir, on ne jugera l’homme allemand qu’à la mesure des œuvres de son esprit et la vigueur de sa santé » est assisté par le bon docteur Morell. Ce dernier n’est plus autorisé à le quitter tant les doses deviennent indispensables au dictateur pour continuer à se (faire) percevoir comme l’être doué d’une volonté et d’une intuition surhumaines … et précipiter sans pitié ses victimes, son peuple et ses ennemis dans le gouffre (que décrit bien Ian Kershaw dans La fin : Allemagne 1944-1945, Seuil, 2012), au mépris de toute raison, même guerrière.
YB

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